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mai 2021

[La Revue des Mines #512] DOCTEURS QUE FAIRE D’UN RÉSEAU DE MINEURS ?

Si l’on n’y connaît pas grand monde, si le métier d’ingénieur est une notion floue et si l’on suppose que nos activités scientifiques de docteurs paraissent encore plus troubles pour ces mêmes ingénieurs… la question se pose : que faire d’un réseau de Mineurs ?


Nous sommes environ 4 500 docteurs à figurer dans l’annuaire des anciens d’Intermines, soit 15 % des quelque 30 000 membres des associations de nos trois écoles.

En 2020, 21 % des ingénieurs (civils et corps des Mines) ont payé leur cotisation, contre seulement 2,5 % des docteurs. Ce ratio démontre que le fossé entre les docteurs des Mines et leurs associations d’anciens n’est pas un mythe. Mon expérience personnelle m’a apporté quelques éléments – subjectifs – d’interprétation.

Bien que la “culture réseau” des docteurs soit différente de celles des ingénieurs, appartenir aux alumni des Mines est bénéfique pour tous. Impliqué dans MINES ParisTech Alumni depuis 10 ans, je vous présente quelques pistes pour exploiter le privilège que nous avons, nous docteurs des Mines, d’appartenir à un réseau majoritairement composé d’ingénieurs.

LES DOCTEURS EN RÉSEAU

À Sophia Antipolis, mettre un nom sur les visages des quelque 70 doctorants est facile. Néanmoins, ce sont davantage des collègues de labo que des camarades de classe divisées en promotions formalisées. Il n’y a ni délégué de promo, ni “parrains” d’une promo à l’autre, ni cérémonie de remise de diplôme. Nous, docteurs, découvrons le réseau au travers de recherches. Participer à des projets internationaux, publier ses travaux en conférence sont des expériences sociales d’envergure.

Les rencontres avec ses pairs favorisent les échanges d’idées, les opportunités professionnelles ainsi que la recherche de financement et de partenariats. Ce réseautage très valorisant se limite vite à un champ d’expertise spécifique, sans créer de fortes connexions avec les marchés d’application de ces savoirs. Or ces marchés sont des réservoirs d’emploi pour les docteurs. C’est ici qu’un réseau d’ingénieurs s’avère utile. Nous allons voir comment.

LE RÉSEAU DES ANCIENS

J’ai obtenu mon doctorat peu de temps après que les docteurs des Mines ont été admis dans le fameux “annuaire des anciens”, un bottin mondain inexistant dans mes précédentes études universitaires. J’y ai découvert que mes quelques 30 000 camarades – ingénieurs, docteurs et mastériens – avaient des millésimes comme les vins, et que nous avions le “zéro six” de chacun d’entre eux. C’est un bon début. Mais la question persiste : que faire de ce réseau ?

Un réseau professionnel sert à trouver des êtres humains susceptibles de nous aider dans une démarche professionnelle : trouver un emploi, des clients, des fournisseurs, des informations confidentielles, une source de financement, un marché, une combine, une idée, une faveur, etc. “Réseauter” n’a rien d’évident et se confronte à ce postulat toxique : “en quoi ce parfait inconnu, que je ne pourrai pas aider, voudrait-il m’aider ?”

Tout d’abord, les camarades des Mines ne sont pas des inconnus. Contacter quelqu’un sous prétexte qu’il est de la même école est… un bon prétexte. Point. Lorsque vous-même serez contacté sous ce prétexte, vous le trouverez encore plus évident.

Ensuite, si vous ne demandez rien, personne ne vous aidera : la solidarité est le ciment de ce réseau, nombreux sont ceux prêts à vous aider gratuitement, car ils peuvent plus tard compter sur votre aide ou celle d’autres camarades. La coopération est plus créatrice que la compétition. Cela se vérifie même chez les animaux, les plantes et les micro-organismes ! Même si vos camarades ingénieurs millésimés vous veulent – globalement – du bien, leur seule bonne volonté vous sera inutile pour construire ou consolider votre carrière. Il est impossible d’aider quelqu’un si vous ne savez pas ce qu’il veut.

RÉSEAUTER POUR CONSOLIDER SON PROJET PROFESSIONNEL

J’ai assisté à des “ateliers réseau” qui présentaient la construction du projet professionnel comme un préalable nécessaire à une “campagne réseau”. Non ! Le réseau sert d’abord à construire son projet. La difficulté particulière pour les projets des docteurs est de démontrer des liens entre son expertise et une application économique éloignée, voire encore inexistante.

Ma première interaction avec mes camarades ingénieurs a été ma participation à la fondation de l’association X-Mines Auteurs. L’initiateur était François Vinçotte, ingénieur du millésime P58. Je ne soupçonnais pas que ce septuagénaire spécialiste des alliages d’aluminium pouvait m’aider aussi efficacement dans mon projet professionnel : “Un projet professionnel n’est pas qu’un métier, c’est une offre”. Pour résumer, il s’agit de mettre sur papier un éventail de ses compétences et de ses désirs pour en déduire des scénarios de ventes de prestations d’étude et de recherche. Même vagues ou peu réalistes, ces premiers scénarios doivent être consolidés en se demandant qui va acheter, pourquoi et à quel prix ?

Les réponses se conçoivent, mais il faut les faire valider par des professionnels proches des clients potentiels de ses prestations. Un bon prétexte pour déranger des camarades millésimés avec de bonnes questions dont les ingénieurs se délectent ! De rencontre en rencontre, votre projet va s’étoffer et atterrir idéalement sous les yeux de ceux qui en ont besoin et vont le financer. Bien souvent, c’est plutôt la manière de le ficeler et de le porter qui va convaincre un recruteur que vous avez les compétences pour rejoindre son entreprise, même si ce qu’il vous propose n’est pas exactement ce que vous aviez imaginé.

Nous savons maintenant que faire de ce réseau. Mais celui-ci est vaste et diversifié. Identifier les bonnes cibles ne s’improvise pas : il faut le cartographier pour trouver les personnes qualifiées pour faire évoluer votre projet et vous présenter des contacts ciblés.

“SUIVEZ L’ARGENT !”

Pour votre projet professionnel, identifier les flux financiers vous permettra d’identifier les acteurs susceptibles de financer vos travaux : la toute première raison pour laquelle vous serez embauché est l’existence d’une somme d’argent susceptible de vous payer en échange de ce travail !

Première piste : qui a financé votre thèse et pourquoi ? Le financeur attend toujours quelque chose en retour et cette boucle financière va croiser tous les acteurs qu’il sera très judicieux pour vous de connaître et d’approcher.

Je donne un exemple parmi mes activités actuelles : l’Union européenne, au travers de ses agences spatiales, dépense de l’argent pour mettre en orbite des satellites d’observation de la Terre. Elle souhaite en retour que ces observations soient utilisées pour créer des services publics et des activités commerciales génératrices de croissance économique. L’argent va circuler vers des laboratoires de recherche qui vont convertir ces observations en nouvelles connaissances, vers des équipes de R&D d’industries spatiales qui vont programmer des chaînes opérationnelles de traitement d’images, vers des start-up qui vont tester de nouveaux modèles économiques et promouvoir des usages innovants de ces observations spatiales… Une activité économique verra alors le jour et consolidera la souveraineté spatiale de l’Europe.

VIVEMENT LE RÉSEAUTAGE EN PRÉSENTIEL !

Être docteur au sein du réseau des Mines vous permet de bénéficier de points de vue et de conseils sur la valorisation de vos expertises et d’obtenir des validations de vos projets. Tout cela en nouant des contacts clés. En attendant impatiemment les déjeuners d’affaires et afterworks, tissez donc votre toile avec le téléphone et la visioconférence ! Si vous avez le trac avant de contacter une bonne cible, dites-vous qu’elle a pu entendre cette citation : “Respectez toujours ceux qui sont en dessous de vous, car le jour où vous descendrez, vous les croiserez”. 

Auteur

Sylvain Cros est docteur Mines ParisTech depuis 2004, spécialiste de l'observation de la Terre et de l'optique atmosphérique. Il a contribué pendant plus de 10 ans à des programmes de recherche internationaux valorisant des archives satellitales pour faciliter l'accès à l'information climatique et environnementale. Au sein de Mines ParisTech et de l'université d'Oldenburg (Allemagne), il a initié le développement du premier atlas numérique à échelle globale du gisement solaire. Il a ensuite mené à l'INRA et à l'Ecole Polytechnique, des projets de cartographie mondiale de variables essentielles pour la modélisation des changements climatiques. Sylvain rejoint le bureau parisien de Reuniwatt en 2013 en tant que directeur scientifique. Il est responsable de plusieurs projets de R&D utilisant l'image satellite pour faciliter l'intégration de l'énergie solaire dans les réseaux électriques. Voir les 3 autres publications de l'auteur

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