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24 février 2020
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Intermines
Carrières * Reprendre une entreprise ? Question pour un champion.

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Intéressé(e) par la reprise d’entreprise ? En 2016, en France, 51 000 PME et ETI ont été cédées (1) et 45 % des repreneurs ont investi entre 100 à 500 000 euros (2). Tous ont essayer de comprendre les facteurs clés pour réussir leur reprise. Qu’en est-il  du facteur humain ?

 

Lors du dernier salon Transfair « les rencontres de la transmission d’entreprise », organisé le 21 novembre 2019, une étude préalable approfondie a été menée (3). Elle a tenté de mieux comprendre les facteurs déterminants de la cession/reprise pour rendre attractives les entreprises aux yeux des repreneurs potentiels. Parmi les questions posées, les répondants ont dû indiquer ce qui caractérisait l'attractivité d'une entreprise dans le cadre d'une reprise. Pour 55 % des répondants, le potentiel de croissance de l'entreprise est le premier critère. Mais il est intéressant d’observer que la dimension humaine ressort comme le troisième facteur de décision de reprise.

 

Alors reprendre une entreprise, une affaire d’hommes ? Quels sont ses enjeux humains ? Quels points de vigilance pour le repreneur ?

 

Reprendre une PME, c’est associer une équipe, un repreneur et un cédant Dans une PME, les liens humains sont souvent plus étroits que dans un grand groupe. Le mode de relation est souvent plus direct, personnalisé, oral avec une proximité géographique qui implique de facto une dimension collective.

 

Or, la reprise de l’entreprise s’effectue dans un contexte de transition et donc de fragilisation des hommes. Le cédant doit faire de nombreux deuils (posture, sociaux…) qui peuvent obérer la qualité des relations avec le repreneur et des informations transmises. Le repreneur doit s’adapter rapidement à un contexte de changements multiples : taille de société, secteur, métier, lieu géographique, équilibre familial. Les équipes qui doivent faire le deuil de leur ancien dirigeant, souvent fondateur, et en accepter un nouveau, forcément différent.

Le repreneur doit donc à la fois gérer sa propre transition, celle du cédant et celle des équipes. Plus il sera accompagné dans cette tâche, plus la transmission sera sécurisée.

 

Par ailleurs, le repreneur ne dispose pas forcément de toutes les informations nécessaires pour appréhender les enjeux humains.

Pour le repreneur, il s’agit notamment de :

  • Bien se connaître : quels sont, mes capacités de résilience ? mes motivations ? mes valeurs ? mon projet de vie ? mes compétences humaines et sociales ? mon mode de communication ? …
  • Bien évaluer les implications personnelles : quels sont les changements de posture ? de leadership ? de prise de risques ? de type de stress ? de rythmes ? …
  • Si pertinent, bien évaluer les enjeux familiaux : quelle sera l’attitude de mon conjoint face au stress, au risque, à l’éventuel déménagement ou séparation géographique…

 

Pour les équipes, Il est souvent difficile, lors des contacts pré-acquisition, d’avoir des informations sur les équipes : Quels sont les compétences ? l’organisation ? les hommes clés ? la capacité à évoluer ? les modes de communication ? les valeurs ? l’ambiance sociale ? les conflits internes éventuels ? …

 

Pour Patrice Mathiot (Mineur P94) qui a repris l’entreprise TAMBÉ en Savoie, c’était un point essentiel, pour valider son projet de reprise, le cédant a accepté qu’il rencontre les équipes, avec une qualité de dialogue et d’information d’un cédant soucieux d’une bonne transmission de son entreprise.

 

Pour le cédant, il s’agit pour le repreneur d’essayer d’appréhender : quelle est la volonté du cédant de bien transmettre son entreprise sur le plan humain ? sur le plan relationnel ? quelle est le type de communication à adopter avec le cédant ?

 

Oui, la reprise d’entreprise est une alchimie humaine complexe où la connaissance des hommes et du contexte de transition sont des enjeux essentiels.

 

Alors quels points de vigilance pour le repreneur ?

 

Pour savoir où aller, il faut savoir d’où on vient. La liste pouvant être longue, mentionnons ici certains points propres aux profils de repreneurs issus de grands groupes, où la PME peut être perçue comme « petite » et donc facile à gérer. Puisque j’ai géré 250 Mio d’euros de CA ou plus, 10 Mio d’euros de CA ce doit être facile…

Mais :

  • Plus j’ai géré des entités de grosse taille, plus j’ai délégué l’opérationnel. J’ai été très bon pour faire faire mais dans une PME, on fait aussi. Quels sont mon expérience, mon appétence et mes talents pour faire ?
  • Plus j’ai géré des entités de grosse taille, plus j’ai été amené à gérer des relations complexes où mes talents politiques ont été clé, avec souvent l’usage d’un langage indirect. La PME est avant tout un environnement de langage direct. Quelle est ma capacité à avoir aussi un langage direct ?
  • J’ai eu des fonctions importantes de direction avec beaucoup de stress à gérer, donc je sais gérer le stress. Oui, mais…un entrepreneur de PME a à gérer, dans des eaux parfois agitées, une coquille de noix versus un paquebot, avec une épée de Damoclès qui s’appelle la trésorerie (et là pas d’appel à la trésorerie groupe possible !) ; Il risque son argent, des hommes qui lui sont plus proches, un échec plus visible. Quel est mon rapport au risque (intra-preneur ou entrepreneur ?), Quel est mon rapport à l’échec ?
  • J’ai souvent eu des missions courtes de 3 à 5 ans avant de changer. La reprise implique une durée plus longue. Quelle est mon courage et mon opiniâtreté, pour ne pas jeter l’éponge aux premiers signes d’un éventuel coup de vent ?
  • Enfin j’ai parfois été obligé de quitter ce grand groupe : mon deuil est-il fini ? Est-ce que je cherche un emploi ou choisis une reprise ?

 

Comme le dit Richard Branson « Il peut être facile de ne faire que des choses à l’intérieur de sa zone de confort… Mais la magie n’arrive pas ici. Rien de bon dans ma vie ne s’est jamais produit dans la sécurité de ma zone de confort » ( https://virg.in/53e).

Patrice Mathiot a connu les grands groupes et piloté des entités de tailles moyennes sur plusieurs continents, proche de la taille et du contexte de sa cible mais avec un métier différent. Bien évaluer sa zone de confort et d’inconfort avec l’aide éventuelle d’un tiers est clé.

 

Oui, la reprise d’entreprise réussie peut offrir cette magie, une aventure avant tout humaine !

 

(1) Source BPCE-2019

(2) Source les Echos judiciaire 2019

(3) Menée par Infopro Digital Etudes pour les partenaires fondateurs du salon Transfair Etude menée du 9 septembre au 14 octobre 2019

 


 

Sophie Martin-Monier - Consultante et coach professionnelle, elle accompagne les transitions professionnelles internes et externes des dirigeants, notamment dans des contextes de reprise et transmission d’entreprise. www.cressens.com sophie.martin@cressens.com



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