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08 juillet 2019

Intermines
Guillaume Pepy répond aux jeunes Mineurs...

Président du Directoire de SNCF et président directeur général de l’Épic SNCF Mobilités, il était l’invité d’honneur du cocktail Intermines le 3 juin 2019. Il se prête avec humour, énergie, et sans langue de bois au jeu des questions-réponses avec un groupe de trois élèves de l’Ecole puis avec l’ensemble des participants.

Première question celle de l’ouverture à la concurrence de la SNCF amène des précisions sur un fondamental : le financement et sa répartition entre contribuable et client (infrastructure versus service, et différences entre service fret et grande vitesse, et service TER et intercités). Est évoqué ensuite le calendrier de la mise en œuvre, avec ou sans appel d’offre, pour clarifier quand les premiers services de concurrents pour chaque type de service arriveront sur le marché (appel d’offre pour les trains de la vie quotidienne par exemple, versus certifications à avoir et slots à obtenir pour les services grande vitesse). Quant au sujet des « petites » lignes, il ne doit pas être abordé de façon simpliste. C’est en fait la collectivité qui subventionne le prix que paye le voyageur et qui va donc pouvoir décider de leur maintien ou non. Il y a par ailleurs une grande variété de « petites lignes », et il apparaît nécessaire d’examiner au cas par cas les articulations avec leur écosystème, entre autres économique.

Guillaume Pepy insiste ensuite sur le grand changement que vit la SNCF qui passe de la « SNCF 1937 » à la « SNCF 2020 ». De monopole à concurrence, d’établissement public à groupe de SA(s), d’un régime de statuts au Code du Travail et une Convention Collective, le fret et les gares filialisées… A l’aune de cette transformation, la grève de 2018, la plus longue de l’histoire de la SNCF, aura tout simplement été à la mesure du chamboulement attendu.

Puis il est question des défis technologiques de la SNCF, avec des sujets comme le train autonome (qui arriverait bien avant la voiture autonome), le train « propre » (la fin du diesel), les opportunités liées au digital comme la signalisation et les systèmes-commande faisant appel au digital ou au spatial, le passage au BIM (« Building Information Model ») pour la maintenance des infrastructures, l’IA (Intelligence Artificielle) pour la gestion de la circulation… La SNCF estime que 30 à 50% de trains en plus pourront rouler ainsi, sans besoin de construire de nouvelles lignes. Et il y aura besoin d’ingénieurs, hommes et femmes !

Et le fret ferroviaire : est-il une opportunité pour la transition écologique ? Pour Guillaume Pepy la réponse est entre les mains des citoyens, mais il déplore que l’opinion publique soit quasi-inerte sur le sujet. Les solutions écologiques pour le transport du fret existent, qu’elles soient ferroviaires ou fluviales, mais il y a besoin de choix politiques lourds, au niveau local (construire de nouvelles lignes car le fret ne s’accommodera pas de passer entre 2 TER) et au niveau Européen (directives harmonisées pour rendre possible le fret ferroviaire ou fluvial transfrontalier). Il faudra investir, et le transport écologique coûte plus cher que le transport routier. Guillaume Pepy illustre le changement culturel que cela demande au consommateur avec l’exemple d’espadrilles qui afficheraient un prix de quelques euros : peut-on croire qu’elles été transportées (et fabriquées) de façon écologique ? Deux pays européens ont cependant franchi le pas : l’Autriche (38% de fret ferroviaire) et la Suisse (transit routier interdit).

Concernant l’Europe, Guillaume Pepy appelle de ses vœux une évolution de la législation afin de lever la détaxe du kérosène sur les trajets aériens courts, qui pénalise beaucoup l’arbitrage train/avion du consommateur, ainsi que pour harmoniser la signalisation au niveau Europe, ce qui permettrait aux trains de franchir les frontières sans surcoût.

Au travers des questions des participants sont ensuite évoqués en particulier la RSE à la SNCF, avec le travail en cours sur la raison d’être et l’implication des organisations syndicales, et le sujet du train propre, avec le rappel que le train émet déjà 50 fois moins de GES (Gaz à Effet de Serre) que l’avion, et 15 fois moins que l’automobile. Mais ces émissions restent significatives et l’électrification en zone urbaine, le train hybride et le train hydrogène sont des chantiers en cours.

Le temps a cependant filé à grande vitesse (lui aussi…), et il est temps de rejoindre le cocktail. Un grand merci à Guillaume Pepy pour cette session très interactive, dynamique, et très éclairante sur les défis et les opportunités de la SNCF, et du train en France, et en Europe !


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