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18 janvier 2019

Intermines
Mineur impliqué : le potentiel humain, fil conducteur du parcours de Vincent CAMPION (P 88) - Interview de Brigitte Durand (P73)

Vincent, à 40 ans, après 17 années dans le BTP, tu crées ta propre entreprise pour y exercer le métier de recruteur : pourquoi ce virage professionnel ?

En fait, le facteur humain a toujours été pour moi un leitmotiv. Dès ma sortie de l’Ecole en 1991, je pars en expatriation sur un grand chantier au Nigéria en tant que VSNE (Volontaire du Service National en Entreprise) dans le groupe Eiffage et y vis une formidable aventure humaine. De retour en France, j’enchaîne la technique, comme Ingénieur Méthodes en Génie Civil, puis la pratique du chantier. Survient la crise du bâtiment en 1996. Souhaitant rester dans l’opérationnel, alors que seuls des postes fonctionnels me sont proposés en Région Parisienne, je rejoins le groupe familial indépendant Fayolle, environ 1000 personnes, pour un poste d’étude. Mais à la faveur d’un plan de succession, je suis assez vite promu directeur d’exploitation et codirigeant aux côtés du fils du fondateur, et j’acquiers l’expérience de métiers très diversifiés, dans la construction et les services connexes ainsi que dans l’environnement (comme le traitement des déchets). Avec la stratégie de développement impulsée, qui combine conquête de marchés, nouvelles activités, croissance externe, je m’ouvre à d’autres modes de fonctionnement, mets en place les organisations nécessitées par la croissance de l’entreprise (création d’un service achats, qualité ISO 14000…) et, du fait du quasi doublement des effectifs, suis au cœur des sujets de recrutement (cooptation, relations avec les cabinets de recrutement, débauchage actif par le réseau…).

L’évolution de l’entreprise vers une vision plus orientée gestion et moins centrée sur les hommes, l’impossibilité de rentrer à son capital et l’absence de marge de progression m’incitent, arrivé à la quarantaine, à réfléchir à un autre projet.

Ayant côtoyé les chasseurs de têtes à la fois comme client et comme candidat, notamment pendant cette phase de réorientation, et poussé par mon attrait pour l’humain, je crée le 1er février 2009 l’EURL Vincent Campion, cabinet de recrutement par approche directe dans le BTP au sens large (environnement inclus).

 

Courageux, ce démarrage en pleine crise post-2008… Qu’est ce qui fait ta différence par rapport aux autres recruteurs ?

A la différence des jeunes consultants, professionnels du recrutement uniquement, je ne me base pas sur une approche psychologique, mais interviens en tant qu’ingénieur généraliste, qui peut se prévaloir de 17 années dans le BTP, à des responsabilités diverses, dans des environnements à la fois de petites et grandes entreprises. J’apporte ma connaissance technique et managériale des métiers et des fonctions, une sensibilité à leurs exigences en termes de sécurité, de réglementation, une vision des passerelles possibles entre les différents segments du BTP. S’y ajoute une bonne compréhension des qualités requises, selon qu’il s’agit d’un poste en PME (nécessitant autonomie, polyvalence…) ou dans un grand groupe (capacité à se fondre dans le moule). J’ai ainsi toute la légitimité pour valider l’expérience et la technicité d’un candidat, apprécier son adéquation voire même déceler ses atouts complémentaires au regard du poste.

 

Que dirais tu à un diplômé des Mines qui s’interroge sur les opportunités de carrières dans le BTP ?

Elles sont illimitées. Le BTP ce n’est plus seulement la conduite de gros chantiers, un casque sur la tête et des bottes aux pieds… Ce secteur embrasse également des métiers très techniques (en génie civil, en souterrain), tous les travaux qu’ils concernent la construction (maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre), ou la conception (ouvrages, bâtiments, centres, usines…).

 

Des perspectives pour les femmes aussi ?

Le BTP s’ouvre aux femmes et en manque, beaucoup de mes clients s’étant même fixés des objectifs chiffrés. Tous les métiers leur sont ouverts, que ce soit dans les travaux, l’encadrement, les études, les fonctions supports, la qualité, la sécurité, les achats, la logistique…. Et puis, il y a tous les métiers d’avenir dans les énergies renouvelables, la transition et la performance énergétiques (pilotage intelligent, optimisation au niveau de réseaux, de villes…).

 

… Finie donc l’image du BTP comme un secteur réservé aux « meneurs d’hommes » ?

On a toujours besoin du « chef naturel », charismatique, quand il s’agit de gérer des équipes de chantiers (et ce peut être une femme !), mais le secteur du BTP correspond aussi à bien d’autres « savoir-être ». En effet pour l’innovation, la conception, ce sont des profils davantage axés sur la réflexion, avec un potentiel d’analyse, qui sont privilégiés. Sont recherchés également les profils capables de gérer des projets complexes, de coordonner des intervenants multi disciplinaires, avec des contraintes de délais, de qualité, de sécurité à respecter, bref ce qu’un ingénieur a priori sait bien faire !

J’insiste à nouveau sur l’importance des qualités humaines car on travaille avec des hommes et pour les hommes, puisqu’on construit pour la collectivité.

Enfin, c’est un secteur en plein boom, qui, sans doute par méconnaissance de sa transformation, souffre d’une pénurie de candidats. Mineurs profitez-en, d’autant plus si vous aspirez à laisser votre marque dans de grands ouvrages !

 

Tu prends aussi sur ton temps pour mettre ton « œil » de recruteur au service d’Intermines Carrières

Depuis 2012 en effet, je suis « conseiller Carrières ». J’aide des Mineurs sur la rédaction de leur CV : comment mieux mettre en avant leurs compétences (par exemple de management, de fonctionnement transverse) au lieu de se limiter à énoncer les postes occupés. J’amorce avec eux la réflexion sur leur projet professionnel et suis généralement à même, grâce à mon réseau, de leur fournir des contacts.  J’ai bien entendu les réflexes du recruteur, tout en étant désintéressé, de sorte que nos échanges sont, de part et d’autre, libres et décomplexés. Ce n’est que dans de rares cas que mon interlocuteur est devenu un candidat potentiel pour ma propre activité.

Pendant cinq ans, j’ai aussi participé au CV book des Ingénieurs Civils, mastériens et docteurs de Paris. Un travail chronophage de relecture de tous les CV en français (chasse aux fautes d’orthographe, clarté du CV…), que je n’ai pas été fâché d’abandonner avec le passage du CV book sur Linkedln.

 

De ton côté, quels bénéfices retires-tu de ce bénévolat ?

Le contact avec les Mineurs me permet de sortir du champ du BTP. Et cela rejoint mes projets professionnels : après bientôt dix ans en tant que recruteur indépendant je maîtrise toutes les étapes du process de recrutement, avec une vraie valeur ajoutée pour répondre à des demandes sur des postes de management ou de patrons de PME. J’ai envie maintenant d’élargir mon champ d’intervention à d’autres secteurs, là où on retrouve la même logique de projet, support technique (énergies renouvelables, traitement des déchets, de l’eau, voire même l’automobile). Ayant en 2015 suivi une formation de Conseil en Management et étant accrédité pour utiliser les outils d’analyse comportementale, je veux également développer l’accompagnement d’équipes (services opérationnels, comités de direction…). Je suis convaincu qu’une meilleure connaissance de soi-même, alliée à une compréhension de la manière dont ses collaborateurs fonctionnent, aide à établir des relations interprofessionnelles plus efficaces, à mieux mobiliser les énergies de chacun et au total à accroître la performance de l’équipe.

Un nouvel axe de formation à approfondir avec Carrières, pour compléter la gamme des services offerts aux Mineurs !

 

Interview réalisée par Brigitte Durand (P73)

 


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