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21 septembre 2018

Intermines
Une histoire de femmes ingénieures, une révolution respectueuse

L’accès aux études et surtout aux études supérieures a été un parcours long et difficile pour les femmes. Dans les années 70, 80 les femmes étaient peu représentées dans les filières scientifiques et techniques. Mis à part dans les facultés de médecine ou les sciences qui ont accepté les jeunes filles sur les bancs les écoles au début du siècle. « En 1906, la France comptait 58 pharmaciennes, 326 dentistes, 573 médecins et 37 avocates mais à peu près aucune ingénieur »

Les 1es écoles d’ingénieurs ont été ouvertes plus largement aux jeunes filles à partir des années 70

  • Ecole des Mines de Paris 1969
  • Ecole des Mines de Saint-Etienne 1971
  • L’Ecole Polytechnique 1972

L’Ecole des Mines de Saint-Etienne créée en 1816 a accueilli des jeunes femmes dès 1971 (elles étaient 2). Auparavant, en 1919 Anne-Marcelle Schrameck faisait figure d’exception. Suite à une mauvaise interprétation de son prénom elle a intégré l’Ecole des Mines de Saint-Etienne en 1919 et obtenu son diplôme trois ans plus tard.

 

Treize ans après l’ouverture aux jeunes filles, la parité n’était pas de mise : nous étions quatre en 1re année dans une promotion de 65 étudiants. Ce déséquilibre dans la répartition des places m’a permis de profiter, comme mes camarades des promotions précédentes, de la bienveillance de certains enseignants.

Etre une fille, un avantage ? …

« La côte d'amour des filles était extraordinaire. Les devoirs écrits étaient neutres, mais je crois que les profs nous ménageaient plus en oral. » (Elève promotion des années 70 à 80)

« J'ai souvenir d'un TP d'électrotechnique où j'étais en robe et où l'assistant nous avait fait le montage pour que je n’abîme pas ma robe!! » (Elève promotion des années 70 à 80)

 « En tant que fille, je pouvais poser à peu près n'importe quelle question qui aurait été considérée comme idiote si elle avait été posée par un garçon. » (Elève promotion des années 70 à 80)

Le côté paternaliste et protecteur était encore bien présent.

« Ah mais, envoyer une jeune fille à l’étranger comme ça, n’est-ce pas dangereux ? » (Encadrant - dans le cadre de recherche de stage)

Mais l’arrivée de la femme dans ce milieu n’était pas toujours bien acceptée.

 « Elle est enceinte […] j’ai des doutes sur sa motivation » (Chercheur encadrant)

 

Dans les 1res promotions, certaines diplômées ont d’ailleurs arrêté de travailler pour élever leur enfant, ou ont accepté un poste moins prenant.

« J’ai arrêté, en 1982, quand je me suis mariée avec un camarade de promotion. Depuis j’ai élevé mes enfants et nous avons souvent déménagé pour la carrière de mon mari. En fait, ce fut un choix commun, une répartition des tâches dans la famille, je dirai. […] Ce ne fut pas un sacrifice au sens où j’ai vécu des expériences très intéressantes. Ce n’aurait pas été possible si j’avais voulu également travailler. » (Elève promotion des années 70 à 80)

« Lorsque j'ai commencé à chercher du travail en entreprise, il m'a été reprochée d'être une femme ce qui impliquerait d'avoir des enfants.» (Elève promotion des années 80 à 90)

La place de la femme était encore la maison dans l’esprit de certains, même les plus jeunes, une collègue a entendu cette phrase dans la bouche d’un de ses camarades de promotion lors du repas d’intégration !

« Entendu lors d’un repas d’intégration : Pourquoi payer des études onéreuses (aux filles) alors qu'elles finissent par faire des enfants et arrêter de travailler ! » (Elève promotion des années 70 à 80)

Et historiquement ce monde des ingénieurs, apparenté à une classe à part, et les familles ne s’y trompaient pas.

 « Le Bal des Mines était une institution quand j’y étais et toute la bonne bourgeoisie stéphanoise y venait avec les filles à marier pour essayer de leur faire décrocher le jackpot : un ingénieur !» (Elève promotion des années 70 à 80)

J’ai aussi trouvé un mari sur les bancs de l’Ecole, comme beaucoup de filles des promotions précédentes.

La quête d’une compagne était elle une des explications de l’accueil bienveillant que nous réservaient les camarades des promotions précédentes ?

 

Christine Oltra (E 83)



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