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19/01/2018

Intermines
Mineurs cosmopolites

 

INTERMINES – Après Pierre Gruget, P75, transplanté en Extrême-Occident (Vancouver), INTERMINES a mis cap à 180 degrés pour rencontrer Ayoub Ouahidi, SE2011 et Ronan Bernard, N2013, happés par l’Extrême-Orient alors qu’ils n’étaient même pas encore sortis de la Mine. Julien Decaudaveine (P79) effectue l'interview.

Chers Camarades, quelle est la genèse de votre aventure ?

Ayoub : Mon option choisie à Saint-Etienne, le BTP, obligeait à effectuer la 3ème année hors de l’Ecole. La Corée du Sud m’est apparue comme une destination intéressante, à la fois pour sa langue et sa culture « exotiques », et pour sa réputation dans la Construction. En outre un partenariat existe entre Seoul National University, établissement de renom, et les Mines de SE, partenariat qui permet d’effectuer un Master à la SNU à la place de la 3ème année, sans frais de scolarité supplémentaires. Le Master dure trois semestres et, en principe, s’effectue en Anglais. J’ai aussi obtenu dans ce but une bourse de la région Rhône-Alpes.

Ronan : J’avais une grande curiosité pour la Chine et dès mon intégration à Nancy, j’ai étudié le Chinois en LV2 à l’Ecole. De fil en aiguille, j’ai pris la décision de partir en Chine également en 3ème année de l’Ecole. J’étais dans la filière Procédés- Energie- Environnement, sujets encore plus déterminants en Chine qu’en Europe, ce qui m’a permis de dénicher un Master à Tsinghua University (THU) à Beijing. Durée : deux ans. Egalement en Anglais. Les études sont financées par une bourse chinoise. Cette générosité est sous-tendue par le désir de faire de THU une vitrine du régime et de monter son rang dans les classements internationaux. Un exemple du développement du Soft Power de la Chine. En attendant, Tsinghua se proclame la meilleure université de Chine.

Ancien élève notable : Xi Jingping.

INTERMINES – Une fois là-bas, comment avez-vous communiqué ?

Ronan : Les étudiants étrangers étaient très nombreux à THU, environ 1000 Sud-Coréens, 150 Japonais, 150 Pakistanais et autant d’Allemands et de Français. Cela a bien facilité mon intégration. J’ai repris des cours de Chinois. A présent, je peux parler et lire, plus ou moins. Ecrire est très ardu bien que l’usage des claviers ait sérieusement réduit le besoin de calligraphie.       

Ayoub : Trois mois avant de partir, j’ai fébrilement attaqué l’apprentissage du Coréen. Arrivé à SNU, j’étais le seul étudiant étranger dans le cours de BTP. Officiellement en Anglais, le programme contenait une ou deux matières en Coréen, que j’ai travaillées chez moi, incapable de suivre les cours. Peu de Coréens parlent un Anglais compréhensible. L’immersion dans le pays a tout de même donné un coup de fouet à mes progrès dans la langue de Ban Ki-moon (un ancien de la SNU). Autre rayon de lumière : l’alphabet assez simple, le Hangul. Un roi Coréen génial, Sejong, l’a inventé puis imposé au XVème siècle au détriment des caractères chinois, pour alphabétiser le peuple.

INTERMINES – Bon, ces efforts ont payé puisque vous avez obtenu un double-diplôme Ingénieur Civil des Mines et Master SNU/THU. Bravo ! Les programmes de vos Masters valaient-ils le coup ?

Ronan : Oui tout-à-fait. En fait le Master’s degree à la Chinoise est un mini-doctorat, avec une année de cours et une année de recherche. Laquelle fut consacrée à modéliser le secteur électrique chinois, pour estimer les probabilités qu’il atteigne l’objectif officiel de 20% d’utilisation d’énergies non-fossiles (renouvelables et nucléaire) à l’horizon 2030. Les paramètres d’ajustement étant le rythme de construction des centrales éoliennes et solaires d’une part, et d’autre part la régulation du marché du carbone.

INTERMINES – En effet un sujet très chaud ! Alors selon toi, Ronan, la Chine tiendra l’objectif ?

Ronan : Je pense que oui, mais ce sera extrêmement tendu.

INTERMINES – Ouf !  Et le Master en Corée ?

Ayoub : C’est aussi un genre de mini-doctorat de deux ans, réduits à un an et demi pour les Mineurs, avec un sujet de recherche. J’ai travaillé sur un système de modération des effets du vent sur les ponts à haubans, avec expériences en labo et analyses d’un pont existant. Rappelons que les tourbillons du vent peuvent faire osciller un pont au point de le briser, comme le pont de Tacoma en 1940. Séoul et la Corée fourmillent d’ouvrages d’art impressionnants – on pourrait dire que le béton y est roi – d’où l’importance du sujet.

D’ailleurs, j’en ai redemandé. Après obtention de mon diplôme, Daelim Industrial m’a embauché dans son service Etudes et Devis, où nous préparons les dossiers d’avant-projet et de consultation pour de tels ouvrages, ainsi que des ports et des barrages. Une fois le contrat en main, PPP ou EPC, la branche Construction se charge de l’exécution. Daelim est un Chaebol, selon le concept Coréen de méga-groupe industriel diversifié (comme Samsung, Hyundai, Daewoo, etc.), avec une belle notoriété dans le génie civil ainsi qu’une grande expertise dans la construction des ponts.

INTERMINES – Qu’est-ce qui vous a frappé en Chine et en Corée ?

Ronan : En Chine, la première chose qui vient à l’esprit est le dynamisme ambiant, une impression que les commerces, les entreprises se créent en permanence. Par exemple les Vélib locaux sans borne d’amarrage, Mobike et Ofo, devenus omniprésents en moins de 6 mois.  Avec cela une agitation permanente, un désordre subtilement ordonné –  l’évidence de l’entropie qui se dilate au galop ! L’argent liquide s’est raréfié, presque tout se paie d’un glissement de Smartphone.  Les gens paraissent un peu indifférents les uns des autres, individualistes. Mais la famille et la patrie – la Chine éternelle – sont des valeurs cardinales. La nourriture est riche et variée, importante aussi. Enfin le piéton s’efface prudemment devant les voitures, dominatrices impérieuses du pavé pékinois.

Ayoub : Oui, c’est l’Asie, quoi… En outre la Corée présente une sûreté absolue, il ne semble pas y avoir de délinquants. On peut se promener dans Séoul sans risque à toute heure du jour et de la nuit. D’ailleurs des supermarchés et restaurants ouvrent 24h/24. La propreté des espaces publics est rigoureuse, les transports en commun ultradéveloppés et efficients, avec notamment le plus long réseau de métro du monde à Séoul. Les Coréens sont très courtois, en particulier avec les étrangers. La nourriture est épicée, un peu trop à mon goût. Plus rude est la vie en entreprise cependant : le respect de la hiérarchie et incontournable, quasi-militaire. L’échelle hiérarchique coïncide souvent avec l’âge, et le respect des anciens est un facteur de soumission supplémentaire. Les vacances sont minuscules, souvent trois jours en été et trois jours en hiver. Bref on ne travaille pas pour vivre, on vit pour travailler – et je suis immergé dans ce système depuis plus de deux ans.

INTERMINES – Ah, on te plaint cher Camarade. Sweet 35 heures ?

Ayoub : Bon, sans aller jusque là, j’aimerais bien rebondir dans une entreprise française en Corée, ou encore exploiter mes atouts supplémentaires tels que les langues arabe et française, dans un contexte de projet mené par Daelim ou autre Chaebol.

Ronan : Muni de mon diplôme, j’ai frappé à la porte d’EDF TRADING qui m’embauche à Londres…

INTERMINES – Bravo encore les Mineurs extrêmes de l’Orient. Nous vous souhaitons de développer ce riche bagage que vous avez acquis pour bâtir et préserver la planète. Proverbe chinois : toutes les fleurs de l’avenir sont dans les semences d’aujourd’hui.

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