Actualité

26/09/2017

Intermines
Les ingénieurs dans la banque: le point de vue de Martine Boutinet, DRH de CA-CIB

 

Martine Boutinet, vous êtes DRH et membre du Comex de CA-CIB, la banque d’investissement du Crédit Agricole, de formation ingénieur, Mines Paris Tech 82. Vous êtes donc très bien placée pour nous parler de la place des ingénieurs dans les banques, et plus généralement dans le secteur financier. Quel est aujourd’hui l’appétit de CA-CIB pour les ingénieurs ?

Il y a trente ans, beaucoup d’ingénieurs comme moi  rejoignaient le secteur financier, en particulier dans les activités de marché des capitaux, pour leur agilité en mathématiques. A cette époque où se développaient de nouveaux modèles financiers, il fallait des gens à l’aise avec les mathématiques financières et la modélisation. Cela reste vrai encore aujourd’hui.

Mais le vrai moteur aujourd’hui de la transformation du secteur financier est ailleurs, avec l’irruption des nouvelles technologies et les mutations très rapides de l’informatique. Elles ont déjà complètement transformé la banque de détail, et aussi conduit à l’émergence des fintech. Cette évolution s’impose autant aux banques d’investissement, par exemple avec la généralisation de la blockchain, un nouveau mode de contrôle des transactions financières. Cette transformation nécessite des profils très technologiques, donc des ingénieurs.

Ce n’est pas nécessairement le profil des mineurs, mais, étant des généralistes avec un fort background mathématique et scientifique, ils ont de sérieux atouts parce qu’ils sont aussi capables de bien intégrer l’ensemble des enjeux et d’identifier les sous-jacents de l’activité client. Les ingénieurs ont tout à fait leur place au sein de la banque, sous réserve d’un réel appétit pour la matière financière! Les besoins en profils ingénieur sont donc très clairement à la hausse.

 

Réciproquement, quel intérêt les jeunes diplômés trouvent-t-ils à intégrer CA-CIB ? La rémunération ?

Les jeunes diplômés recherchent avant tout un sens à leur activité en cohérence avec leurs valeurs. De nombreux jeunes ingénieurs nous rejoignent parce que CA-CIB est au service de l’économie réelle, celle qui par exemple met en place des financements de projets via notre activité financements structurés. Il s’agit par exemple de financer les champs d’éoliennes, les fermes solaires. A noter que CA-CIB est leader des greens bonds. Mais ce n’est pas le seul élément. D’autres ingénieurs restent attirés par des activités peut-être un peu plus abstraites, indispensables à nos clients, comme la couverture de risques. Les rémunérations sont attractives chez CA-CIB, mais la fièvre des bonus a été enrayée.

 

Quels plus et quels moins attribuez-vous aux ingénieurs par rapport aux diplômés des écoles de commerce ou diplômés d’universités dédiées au secteur financier?

Selon ma perception, les cursus restent différents. Les jeunes en école de commerce sont plus rapidement immergés en entreprise, ils multiplient les stages, souvent en année de césure, ils sont confrontés à différents environnements de travail, ils travaillent leur projet professionnel et leur présentation très tôt. Les ingénieurs apparaissent plus tardifs dans ce processus, moins matures et moins clairs dans leur orientation, il peut en résulter un désavantage au recrutement, leur pitch est moins attractif. Mais, a contrario, les ingénieurs sont souvent concrets, abordables, sans trop d’idées préconçues, des atouts importants dans les relations de travail. Dans tous les cas nos équipes sont toujours un mix de profils !

 

Dans le secteur industriel, ou dans la haute technologie, les ingénieurs se situent le plus souvent dans le cœur de métier, ce qui leur ouvre des perspectives de carrière, en particulier vers le management. On peut douter que ce soit le cas dans la finance, qui n’est pas au cœur de la formation et de la culture des ingénieurs. Cela restreint-il la place des ingénieurs aux rôles d’expertise ou aux fonctions support de la banque ?

Les ingénieurs sont partout à leur place dans la banque, dans le cœur de métier au sein des directions opérationnelles comme dans les fonctions support, sur le terrain comme au top management. Plusieurs des grands métiers de CA-CIB sont pilotés par des ingénieurs. Le cœur de métier de CA-CIB c’est avant tout les services à nos clients et les PNL associés. Les ingénieurs ont toute leur place dès lors qu’ils sont motivés par les services financiers.

 

Comment recrutez-vous les cadres de CA-CIB ? Une expérience dans le monde anglo-saxon est-elle un préalable ?

CA-CIB recrute de l’ordre de 150 cadres juniors par an dont la moitié en France. 20% sont des ingénieurs. La moitié de ces recrutements est opéré parmi des jeunes qui ont effectué un stage, et bien souvent un VIE au sein de CA-CIB. Pour un jeune diplômé, l’enchaînement stage, puis VIE, essentiellement à Hong-Kong, New-York ou Londres, est naturellement le meilleur moyen de se connaître, puis d’intégrer CA-CIB.

Pour les cadres expérimentés, et pour  les emplois qui sont pourvus en externe, nous  faisons appel aux cabinets de recrutement. Mais nous développons aussi des recherches avec l’appui des collaborateurs de CA-CIB afin qu’ils signalent des pairs au sein de leurs communautés de métier.

 

Fait-on carrière chez CA-CIB, ou dans le Groupe Crédit Agricole. Y-a-t-il des passerelles ? Quelle est la place de l’international ?

Oui, bien sur on fait carrière au sein de CA-CIB! Il n’y a pas de parcours-type, mais des manières toujours très personnelles et sur-mesure d’évoluer dans l’entreprise. Bien sur les fonctions opérationnelles sur le terrain, au service des clients, sont un très bon moyen de maîtriser le business, connaître les enjeux métier,  et d’évoluer ensuite vers des parcours transverses et des postes à responsabilité élargie. Mais devenir un expert reconnu dans un domaine déterminé comme les financements d‘avion, les opérations d’augmentation de capital, etc. c’est aussi s’assurer un grand crédit professionnel et une belle manière de s’accomplir durablement au sein de la banque.

CA-CIB  dispose des outils de gestion RH habituels avec les entretiens annuels, les comités carrière qui assurent les suivis de carrière, la détection et l’accompagnement des potentiels. La formation y tient également une place très importante. Les enjeux de mixité et de diversité sont aussi une composante forte de notre gestion.

Les passerelles avec le Groupe CA ou les caisses existent, mais elles concernent davantage les fonctions support, car les métiers restent très différents.

Les attentes de nos cadres sont très différenciées. Si beaucoup s’inscrivent dans la durée chez CA-CIB, on voit aussi davantage de jeunes qui viennent y faire une expérience. Cela reste assez nouveau pour nous, mais nous nous y adaptons!

 

Vue 277 fois
Précédent
Changer de trajectoire professionnelle
Suivant
Carrières : 45 ans et plus !

0 Commentaire

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.